Avec ses étudiants, un enseignant strasbourgeois transforme des consoles de jeu en en appareils de rythmologie cardiaque, destinés à l'Afrique. Cette idée est venue à Marcel Cremmel l'été dernier lors d'un séjour chez son frère à Madagascar : « Il a eu une crise de paludisme (ndlr : malaria) et il a dû prendre un médicament qui enraye ces crises. C'est un antipaludéen de synthèse dont un risque d'effet secondaire est le trouble du rythme ventriculaire ». Autrement dit, si ce médicament puissant a fait ses preuves, il faut, par précaution, avoir une image du rythme cardiaque du patient avant de le lui administrer. L'idéal serait de disposer d'un électrocardiographe, mais quel pays d'Afrique aurait les moyens d'en avoir en nombre suffisant, alors que le continent est infesté par la malaria ? Marcel Cremmel pense alors aux petites consoles de jeux électroniques appelées Gameboys, qui disposent d'un écran ainsi que d'une cartouche contenant le jeu.
Le boîtier et la cartouche
« On peut les transformer en différents appareils, par exemple des oscilloscopes, comme le précisait récemment une revue d'électronique, dit-il. Sur Internet, on trouve aussi quantité d'indications pour développer divers appareils à partir des Gameboys ». Dès la rentrée, il se lance dans des travaux pratiques avec ses étudiants de la section BTS électronique du lycée Couffignal à Strasbourg. « Pour commencer, on a fait des relevés expérimentaux, c'est-à-dire que les élèves ont vérifié leur propre rythme cardiaque ». Désormais, ils travaillent à développer un prototype de circuit imprimé qui remplacera le jeu dans la console. « Nous voulons la transformer en appareil de rythmologie. Des électrodes ou capteurs sont placés sur le coeur, les poignets et la cheville, et les impulsions électriques du coeur, amplifiées par l'électronique, se traduisent en courbes sur l'écran de la console ». La Gameboy reste telle que, mais Marcel Cremmel et ses étudiants remplacent le jeu par un circuit imprimé qu'ils auront développé à l'issue de leurs travaux. « A l'heure actuelle, nous avons récupéré une dizaine de Gameboys. J'insiste sur le fait que les jeux peuvent être vieux ou même abîmés. Nous en avons un de 1989. Il n'y a que le boîtier et la cartouche qui nous intéressent ».
Petite série
Pour le moment, les jeunes travaillent avec de gros composants et conçoivent des circuits imprimés sur leur ordinateur. « Ensuite, ils vont fabriquer le circuit et le tester. Si le prototype nous donne satisfaction, nous en fabriquerons une petite série, une dizaine, que nous enverrons à Madagascar pour qu'ils soient utilisés sur le terrain ». C'est là que les médecins les utiliseront pour visualiser le rythme cardiaque de patients. Si tout va bien, et Marcel Cremmel est visiblement plutôt confiant, il compte ensuite faire réaliser les circuits imprimés et le soudage des composants par une entreprise locale spécialisée, tout en tentant de récupérer un maximum de Gameboys. Reste à trouver un nom pour l'appareil transformé qui n'est pas, répétons-le, un électrocardiographe, mais qui se contente de mesurer l'intervalle entre certains signaux cardiaques précis. « La phase la plus importante sera la vérification » : l'enseignant espère l'avoir bouclée d'ici l'été.
Susanne Mayer

http://www.alsapresse.com/aujourdhui/IRF/article_1.html